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Houlgate :

La photographe libanaise Ieva Saudargaite Douaihi pose un regard poétique sur la montée des eaux


Photographe de Beyrouth, Ieva Saudargaite Douaihi est invitée au festival « Les femmes s’exposent ». En résidence à Houlgate, elle a travaillé sur le phénomène de montée des eaux.




Si elle avait déjà visité la France dans sa jeunesse, en vacances, Ieva Saudargaite Douaihi, photographe et artiste libanaise, a découvert Houlgate (Calvados) il y a deux semaines, en arrivant en résidence pour le festival Les femmes s’exposent. « Je suis tellement dans la pratique, que c’était difficile d’imaginer ce que j’allais découvrir ici, sourit-elle. Je me suis préparée sur Google Street pour comprendre la ville mais c’était quand même très différent quand je suis arrivée. »


Entre architecture et photographie

Cette photographe de 33 ans a grandi en Lituanie, puis aux Émirats arabes unis, entourée d’une mère lituanienne et d’un beau-père libanais. Si elle avait déjà fréquenté le Liban en vacances, pendant sa jeunesse, elle a décidé d’y vivre, dès sa majorité. Après des études en architecture, cette passionnée de photographie se lance alors, en travaillant avec des journaux d’architecture, mais aussi en développant à côté « un travail de passion », raconte celle qui se définit comme plasticienne, touchant aussi bien à la photographie qu’à d’autres pratiques. Elle a notamment réalisé un court-métrage et des installations. En photo, « c’est la ville, les immeubles qui m’intéressaient », raconte-t-elle.



Ces dernières années, elle a travaillé sur différents projets, notamment sur la ville de Beyrouth entre 2014 et 2019. « Je prends des choses assez banales en photo, mais il y a toujours quelque chose derrière ». Elle a par exemple fait toute une série sur les arbres à Beyrouth « pour parler de nos racines, de ce que ça veut dire d’être seul ou dans un environnement assez difficile », commente-t-elle : « Les arbres luttent contre leur éviction, ils résistent, même si on les maltraite ». Une de ses séries qui n’est pas encore exposée s’intéresse à la diaspora, aux « Libanais chez eux, à l’étranger ».


Un « langage » propre pour parler du futur

En arrivant à Houlgate, Ieva Saudargaite a tout de suite été captivée par la mer.


Chaque jour est différent, selon le vent, la lumière, les vagues, les marées, ce que tu trouves sur le sable. Ça me rappelle la situation au Liban où l’on vit au jour le jour, sans savoir ce qui va arriver le lendemain.




Un paysage côtier qui diffère de celui qu’elle connaît bien, à Beyrouth. « C’est une ville sur la mer, mais on n’y a pas vraiment d’accès, décrit-elle. On a un grand port qui prend beaucoup de place, il y a une promenade, sans plage. Et c’est pollué. »


En résidence à Houlgate, et en découvrant le phénomène des marées, elle a décidé de tourner son travail vers « le changement climatique et la montée des eaux ». Au gré de promenades, d’explorations et d’errances sur la plage et dans les rues de la ville, elle a trouvé « le langage » pour parler de ce futur « dont on ne sait s’il est proche ou lointain », en mêlant la photographie et le « collage digital », les paysages marins et l’architecture balnéaire de Houlgate, le futuriste et le poétique. Des images où Ieva compose avec les bâtiments, la mer et les coquillages, jouant sur les échelles. « En faisant ainsi avec les coquillages, on ne comprend pas si ce sont des structures, du paysage ou des bêtes qui se promènent », remarque-t-elle.




Un regard oscillant entre onirisme et science-fiction, dévoilant une situation qui pourrait arriver si l’homme ne réagissait pas. Et comme dans ses précédents travaux, sans trop de présence humaine, la photographe en dit beaucoup sur leurs histoires, grâce aux bâtiments et aux paysages. « Photographier les gens, je le fais rarement. Je trouve qu’où l’on vit, ça parle déjà beaucoup de l’homme ».



SOURCE : Par Marie-Madeleine RemoleurPublié le 16 Mar 22 à 17:34